Rwanda/Génocide: la France sur le banc des accusés?

A droite: Louise Mushikiwabo, Ministre des affaires étrangères du Rwanda en accusatrice, à gauche, Alain Juppé posant la question de savoir si la France a vraiment besoin de se justifier des accusations proférées par Kigali. Photos du domaine public
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Il y a quelques jours, le gouvernement rwandais avait menacé de suspendre ses relations diplomatiques avec la France suite à la relance de l’enquête sur l’attentat qui a coûté la vie aux deux présidents rwandais et burundais en avril 1994, ainsi que tous ceux qui étaient à bord de l’appareil. Considérés comme du chantage par certains observateurs, les propos des autorités rwandaises ont été accompagnés par deux actions d’envergure; à savoir l’arrestation suivi d’un refoulement de deux ressortissants français sur le sol rwandais, et la publication d’une liste de 22 militaires français suspectés d’avoir commis le génocide au Rwanda.

Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères, a affirmé, jeudi dernier lors d’une conférence de presse, l’intention du gouvernement rwandais de rompre ses relations diplomatiques avec la France, si jamais la justice française rouvrait l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994, et surtout pour entendre le général Kayumba Nyamwasa, ancien officier supérieur du FPR et actuellement dissident. Le 10 octobre dernier, « Igihe », un journal en ligne et proche du pouvoir, avait repris les insinuations du président Kagame faisant entendre que les relations entre les deux pays risquaient de nouveau d’être rompues. Un autre journal en ligne,  »Ubwiza.com » affirmait l’arrêt définitif des relations diplomatques entre la France et le Rwanda avant de revenir sur ces propos et retirer l’article.

Face à tous ces incidents diplomatiques, mêlées aux propos peu mesurées, proférées par Kigali, les autorités françaises restent bouches bées. Jusque là, seul, Alain Juppé, candidat potentiel à l’élection présidentiel de 2017 avait été souvent mis en cause par le gouvernement rwandais. Ce dernier, est l’un de ceux ont dénoncé publiquement la manigance voire la manipulation orchestré par Kigali pour persuader l’État français de reconnaître son rôle supposé dans le génocide, en vue d’une compensation financière en charge.

De quoi la France est-elle accusée ?

Le gouvernement rwandais accuse la France d’avoir conseillé et fourni du matériel logistique au régime déchu du président hutu Juvénal Habyarimana, et d’avoir contribué à la formation des milices Interahamwe, mais aussi d’avoir pris part aux massacres par le biais de ses militaires envoyés au Rwanda en 1994 dans le cadre de l’opération « Turquoise » proposée par la France à l’ONU. Pour toutes ces raisons, le Rwanda ne cesse de demander à l’État français (toujours en dépit des autres nations comme la Belgique, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et autres…) de reconnaître sa part de responsabilité suivi d’une demande publique de pardon. Cette demande de pardon, selon Kigali, devrait être accompagnée d’une grosse enveloppe destinée à dédommager les victimes du génocide commis contre les tutsi.

La question qui reste à éclaircir est de savoir si la France est réellement responsable de tous ou au moins d’une partie de crimes qui lui sont reprochés. Sans être porte-parole de la France ni celui du gouvernement rwandais mais en simple citoyen des deux pays, j’essaie d’apporter mon analyse sur cette situation.

En effet, la France était, jusqu’en 1994, le partenaire le plus privilégié du gouvernement Habyarimana, et les deux pays étaient engagés dans une collaboration bilatérale dans plusieurs domaines, y compris celui de la sécurité et la défense. La plupart des officiers de l’armée rwandaise de cette époque ont été formés en France, ou à l’École Royale Militaire de Belgique. La France fournissait du matériel militaire et, forcement, elle  envoyait des techniciens pour la formation à leur utilisation. Pendant la guerre d’octobre 1990, engagée par des rebelles de l’armée patriotique rwandais, actuellement au pouvoir, la France a répondu favorablement à l’appel au secours de son allié. Mais, précisons-le, c’était dans le cadre de la coopération bilatérale, suite à une attaque armée venue de l’extérieur. Il était donc normal que la France porte secours à son partenaire.

Et pour rappel, c’est la même guerre qui s’est soldé en un génocide en avril 1994, après la mort de deux présidents en exercice: celui du Rwanda, Juvénal Habyarimana et du Burundi, Cyprien Ntaryamira, ainsi que tous les membres de l’équipage de l’avion présidentiel ayant la nationalité française.

Ce que je crois

Quelques heures après la mort du président Habyarimana dans un attentat dont on ne connaît toujours pas aujourd’hui commanditaire, un génocide commençait.  Celui-ci aurait emporté, selon les Nations Unies, plus de 800.000 personnes dont la majorité est de l’ethnie tutsie et quelques opposants politiques Hutus. Mon point de vue est que ce génocide a  été stoppé par les forces militaires françaises agissant sous le mandat de l’ONU au cours de l’opération baptisée « zone turquoise ». Les forces militaires françaises ont créé un couloir humanitaire allant jusqu’au Congo et sauvé des milliers de réfugiés qui fuyaient la guerre. Des milliers de rescapés tutsis  qui étaient dans le camp de NYARUSHISHI, au sud Ouest du pays, ont eu la vie sauve grâce à l’arrivée de ces militaires français.

A vrai dire, si le gouvernement français n’avait pas porté mains fortes au gouvernement de Habyarimana depuis la guerre d’octobre 1990, si il n’avait pas intervenu pour stopper le génocide et surtout pour sauver des milliers de réfugiés (hutus et tutsis, tous confondus) fuyant la guerre en 1994, le régime du FPR n’aurait rien à lui reprocher. Cela étant, je ne saurais pas, à mon niveau,  déterminer si dans cet engagement des Français il y a eu ou pas d’abus. Ce que je suis sûr, c’est que jusqu’à présent aucune enquête neutre aurait été menée pour révéler la moindre implication de la France dans ce fameux génocide. Aucun témoignage allant dans ce sens, sauf les rapports fomentés par le FPR. Des personnalités militaires onusiennes, comme le général canadien  Roméo Dalaire qui était sur place, n’en disent rien jusqu’à ce jour, ce qui m’autorise à affirmer que les accusations de Kigali sont sans aucun crédit et restent infondées.

Pour terminer, essayons de comprendre pourquoi le régime FPR ne cesse de provoquer et intimider une puissance mondiale qu’est la France. Ne s’agirait-il pas, peut-être, d’une sorte de  chantage visant la rallier à sa cause ou tout simplement à la faire taire car elle (la France) est bien placée pour savoir le mobile politique tournant au tour du conflit rwandais ?

A la veille de l’élection présidentielle pour laquelle l’ennemi présumé du régime FPR en la personne d’Alain Juppé est annoncé favori pour la remporter; ce gouvernement contre attaque et essaie , par tous les moyens, de salir l’image de la France et surtout celui de son potentiel futur président. L’énigme est de savoir pourquoi la France reste bouche bée et s’interdit de réagir? Est-ce parce que l’État français se reconnaît coupable comme l’avait laissé entendre Monsieur Nicolas Sarkozy lors d’une commémoration du génocide à Kigali ? Est-ce pour signifier au monde entier, par le silence, que ces allégations n’ont aucun fondement ? Ou tout simplement c’est qu’aucune autorité n’ose mouiller sa chemise de peur de réveiller le lion qui dort ?

Seul Alain Juppé qui fit ministre des affaires étrangères pendant cette période du génocide rwandais – a osé, dans son tweet du 1er avril 2016, répondre au gouvernement rwandais en ces termes:  « faire procès à la France de porter une part de responsabilité dans le génocide au Rwanda est une honte et une falsification historique ».

Au lendemain de la défaite de la famille Clinton (conseiller charismatique de Kagame et son régime) aux présidentielles des USA et pour se soulager de leur désespoir, le porte-parole de Kigali, Madame Louise Mushikiwabo, a menacé hier que son gouvernement était sur le point de sortir une liste des politiciens français responsables du génocide rwandais si la justice française ne renonçait pas à l’audition prévue du Général Kayumba Nyamwasa, officier dissident du FPR. Celui-ci accuse officiellement Paul Kagame d’avoir abattu l’avion du président Habyarimana causant la mort des plusieurs responsables politiques et militaires, un président du pays voisin ainsi que l’équipage composé des ressortissants français. Probablement que le nom de Monsieur Alain Juppé sera sur cette fameuse liste dans la perspective de salir sa personne et d’influer sur son élection car Kigali est convaincu que Monsieur Donald TRUMP qui vient d’être élu et Monsieur Alain Juppé, si il est élu, ne leur permettront plus de vendre leur génocide.

Simon Ulimubenshi

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