Rwanda: Le régime du FPR et Paul Kagame face à la vérité historique

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Paru le 23 décembre 2014 sur le blod EJCM INFO

Le manque de courage pour assumer l’histoire, pour faire la lumière sur le passé, le manque de sagesse pour s’engager dans un processus de recherche de solutions aux conflits fratricides, est une grande entrave à l’unité de la nation et la véritable réconciliation. Certains observateurs affirment qu’une commission inclusive de vérité et réconciliation serait un passage fructueux et incontournable avant d’atteindre un mode de gouvernance appropriée. L’homme fort de Kigali y est-il favorable?

Le régime actuel au Rwanda et particulièrement le FPR (Front Patriotique Rwandais), parti au pouvoir depuis juillet 1994, est face au défi historique auquel il ne pourrait échapper: LA VÉRITÉ SUR LE GÉNOCIDE, LES CRIMES DE GUERRE ET CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ. Étouffée, ignorée, négligée pendant longtemps, la vérité sur cette tragédie a été dite et écrite en partie, si elle n’était pas détournée, alors que les rwandais et les Grandes Puissances en savent tout de A à Z.

Depuis près d’un ¼ de siècle, les nouveaux «maîtres » au pays des mille collines, ont fait comprendre au monde entier que l’unité et la réconciliation faisaient partie des priorités ; or la vérité a été occultée, dissimulée ou tout au moins dite à moitié alors qu’elle est un fondement et un préalable à la réconciliation. Tourner le dos à la vérité ou vouloir écrire l’Histoire à sa guise, c’est un piège qu’on se tend soi-même sans s’en rendre compte, puisque la vérité finit toujours par éclater, et les conséquences d’un tel mensonge rattrapent inévitablement son auteur. C’est ce qu’avait bien dit en ces termes, l’homme qui a préservé l’union des USA et aboli l’esclavagisme, Abraham Lincoln: « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Le régime au pouvoir à Kigali a-t-il retenu le sens et la profondeur de ce message de l’ancien président américain ?

Depuis 20 ans, les instances judiciaires tant nationales qu’internationales poursuivent les auteurs du génocide commis contre les tutsi et c’est ce qu’il faut, puisqu’il convient de rendre justice. Cependant, jusqu’à ce jour, il y a une autre partie de l’Histoire du drame rwandais dont on ne parle pas ou peu au risque d’être injustement appelé « négationniste ou révisionniste », il s’agit de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis sur les hutu, des crimes impunis à l’heure actuelle. Ceux qui renient cette réalité connue de tous ne sont-ils pas des négationnistes au même titre que ceux renient le génocide des tutsi ? Les rwandais sont les premiers à savoir ce dont ils ont souffert, comment et qui leur a infligé l’innommable. Les Rwandais n’ont pas attendu qu’une chaîne de télévision occidentale diffuse un documentaire d’une heure pour comprendre le malheur subi pendant plusieurs années.

Qu’est-ce que le peuple Rwandais a appris de neuf dans le documentaire « Rwanda’s untold story » ? Le seul fait nouveau est que, c’est La British Broadcasting Corporation (BBC) qui l’a dit. Le seul fait nouveau est qu’une chaîne de télévision d’une Grande Puissance qu’est la Grande Bretagne, a appris au Monde entier ce que certains ignoraient ou ce qu’on leur avait raconté autrement. Faire la lumière sans état d’âme est un devoir. Cela demande de l’humilité et du courage exceptionnels. Seul, un homme visionnaire peut comprendre l’intérêt de ne jamais jouer la politique de l’autriche au sujet de l’Histoire de son pays. Le FPR et le Général Major Paul Kagame gagneraient beaucoup à la mise en place d’une commission inclusive d’unité, de vérité et de réconciliation comme l’avait fait Nelson Mandela en Afrique du Sud.

La visée de cet organe ne serait pas d’incriminer ou sanctionner qui que soit mais l’objectif majeur serait d’établir la vérité et réhabiliter les droits de chacune et chacun. Ce serait une démarche porteuse de fruit à tout le monde. Si le peuple rwandais n’est pas rancunier ni revanchard, les responsables ne devraient-ils pas comprendre qu’il est raisonnable de franchir cette étape de lumière et de vérité ? ¼ de siècle n’aura pas suffi pour apprendre qu’il convient de léguer aux enfants un pays apaisé. Cela ne peut passer qu’à travers un travail de vérité et de tolérance. Les femmes et les hommes sages pensent qu’une telle commission de vérité et réconciliation est incontournable pour un avenir rassurant.

Le piège du mensonge

Le 14 octobre dernier, le chef de l’Etat rwandais Paul Kagame dénonçait le mensonge en rappelant que c’est une mauvaise habitude, déplorable au sein de la classe politique rwandaise, et ce, depuis plusieurs années. L’actuel président ne savait pas si bien dire. En effet, sans se référer à une époque trop lointaine, ces 24 dernières années devraient interpeller chaque citoyen à commencer par les politiques. Ceux-ci doivent la vérité sur l’histoire du Rwanda à la jeunesse. Ils doivent au peuple et au Monde entier des explications sans détours sur ce qui s’est réellement passé. Le Général Major Paul Kagame est bien placé pour jouer un rôle déterminant dans ce processus. Cependant, il est question de savoir si les hauts responsables du Rwanda acceptent de regarder la réalité en face, et assumer l’Histoire telle qu’elle s’et déroulée jusqu’à présent.

L’Histoire racontée surtout aux jeunes rwandais spécialement dans les camps de sensibilisation, est-elle la bonne dans toute sa globalité? Il est normal que les auteurs des crimes soient traduits devant les instances judiciaires compétentes. Néanmoins, il est anormal et inacceptable qu’on diabolise ou emprisonne des innocents.
Par ailleurs, il est digne et respectueux de porter toujours en notre mémoire toutes les victimes du génocide des tutsi, mais en même temps, il n’est pas normal que les autorités actuelles du Rwanda se refusent de reconnaître toutes les victimes hutu massacrés parce que hutu puisqu’on ne peut pas expliquer pourquoi (des hommes inoffensifs, des femmes, des enfants et des vieillards ont été sommairement massacrés au Rwanda voire même à l’extérieur du Pays (https://docs.google.com/file/d/0ByoyjL51bUhkRkNITkgxTGJtbkE/edit?usp=drive_web).

D’une part, la responsabilité de ceux qui ont commis le génocide contre les tutsi est incontestable et doit être sanctionnée. D’autre part, il y a d’autres crimes graves, déjà inscrits dans l’Histoire que l’on veuille ou pas, puisque ce sont des faits indéniables. Pour le respect de la vie et servir de bonnes leçons à toutes les générations futures, ces crimes ne devraient pas non plus rester impunis. Il faut la vérité et la justice pour tout être humain. Comme l’a clarifié le « Mapping Report » après de minutieuses enquêtes, il s’agit des massacres, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre les hutus et d’autres ethnies particulièrement au Rwanda et en République Démocratique du Congo, lesquels crimes (d’après le « Mapping Report » de l’ONU) pourraient être qualifiés de génocide par un Tribunal compétent. A ce jour, les témoignages, les enquêtes et les recherches crédibles sont multiples et mettent la lumière sur l’implication du camp de l’ancien régime et celui du Général Major Paul Kagame dans la tragédie rwandaise
(http://www.ohchr.org/Documents/Countries/CD/DRC_MAPPING_REPORT_FINAL_FR.pdf).

Massacres à Kibeho en 1995

Le journal « Libération » a publié un récit des massacres commis à Kibeho le 22 avril 1995 dans un camps de déplacés. L’article s’appuie sur un témoin oculaire, Paul Lowe, photographe à l’agence Magnum qui a vu cette horreur. Les autorités rwandaises ont tenté de minimiser le nombre de victimes, mais la réalité décrite par les témoins, est que plus de 8000 personnes ont été sauvagement tués dans ce camps. Le militaire qui est pointé du doigt pour avoir dirigé cette opération macabre, n’a cessé de monter en grade! Ce qui ont suivi de près, parlent du général Fred Ibingira. Qui lui a confié cette mission de supprimer la vie de ces déplacés? Une chose est sûre, ce jour-là, des civils innocents, enfants, personnes âgées, hommes et femmes ont été tués après une opération mûrement réfléchie.

Selon le proverbe rwandais, il est impossible de cacher la fumée quand on incendie une maison (Ntawutwika inzu ngo ahishe umwotsi). Comme l’a déjà dit le président Paul Kagame lui-même, les faits sont têtus. Il est plus que temps que les autorités rwandaises au sommet de l’Etat aient le courage, l’humilité et la sagesse de surmonter ce défi qu’est la reconnaissance de la vérité historique. Des rwandais contribuent à ce travail de vérité. Les soldats de l’APR, entre autres, ou des membres du FPR, eux-mêmes n’arrêtent pas de livrer des témoignages. Ils sont nombreux à s’exprimer, mais rappelons quelques exemples. Le Lieutenant Abdul Joshua RUZIBIZA, dans son livre, « Rwanda l’histoire secrète », éditions du Panama, octobre 2005, spécialement de la page 260 à la page 281, indique les différents endroits de tueries de civils innocents : « les massacres perpétrés par l’APR étaient toujours planifiés » précise-t-il. Et ces derniers jours, les témoignages, du Général Kayumba Nyamwasa, Théogène Rudasingwa, le Major Jean-Marie Micombero, le Major Robert Higiro et bien d’autres, sont plus qu’éloquents.

Tous les belligérants au conflit « rwando-rwandais » portent une grande responsabilité dans la tragédie. Le minimum de dignité et d’honnêteté serait de s’incliner devant le peuple et présenter les excuses. Les Rwandais sont capables de pardonner à ceux qui regrettent, et s’engagent à ne plus refaire les mêmes erreurs. Le vivre ensemble est une valeur absolue, la réconciliation et l’Etat de Droit sont possibles et chacun y a intérêt. Tout cela a pour préalable appelé « reconnaissance de la vérité historique », c’est la base même d’une nation, et pour le cas du Rwanda, c’est une nation à reconstruire. Un dialogue rassemblant toutes les sensibilités en vue d’un compromis pour la mise en place des institutions fortes et favorables à tous, s’avère indispensable.

Jean-Claude Mulindahabi

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