Etats-Unis: Cabinet du Président élu, tractations et lobbies, conflits d’intérêts, les nouvelles changent chaque heure.

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A en juger par cette courte période transitoire d’environ une semaine, la Trump Tower devient la pré-Maison Blanche et les réunions du Cabinet Trump s’y succèdent sans discontinuer. Mais d’emblée une chose choque les observateurs et les mordus de l’information: la place de la famille Trump dans les affaires d’Etat. En effet, le président élu n’entend pas se séparer de ses enfants, Ivanka, Trump Jr., Eric Trump, mais plus particulièrement de son gendre, Jared Kushner, à qui il veut confier toute la tâche d’organiser et suivre toutes les tractations de transition jusque le 20 Janvier 2017, jour où il prêtera serment pour devenir officiellement le 45 ème Président des Etats-Unis. Rien n’est laissé au hasard pour assurer une bonne passation du pouvoir, une bonne remise-reprise  entre l’équipe du président sortant et celle du président entrant. Mais voilà comme si cela ne suffisait pas pour surprendre, le Président Trump exige une garde rapprochée pour ses enfants et gendre, supposés travailler à la pré-Maison Blanche. Les plus réactionnaires, même au sein de la famille républicaine ne l’entendent pas de cette oreille, ils demandent au Président élu de faire la part des choses, en séparant les biens familiaux des affaires de l’Etat. Apparemment le Président élu a fini par comprendre que c’était de trop, et le 16 Novembre dernier, sur son twitter, il a nié vouloir une garde rapprochée pour sa famille.

Mais, cette affaire de conflits d’intérêts fait la une de beaucoup de parutions aux Etats-Unis, d’autant plus que les Républicains ne sont pas unanimes pour  ce genre de gestion des biens publics.

En plus de sa famille directe, d’autres nominations auxquelles le président élu tend procéder selon toute probabilité semblent être  basées sur la loyauté au détriment de la competence, à en juger les candidats. De ce point de vue deux postes sont indexés: le poste de Secrétaire d’Etat et de la Défense, postes- clés et qui suscitent de la jalousie parmi les inconditionnels de la campagne Trump. En effet, la récompense destinée aux fidèles des fidèles pose problème, à part les deux noms connus officiellement, Reince Priebus et Stephen Bannon, d’autres noms d’aspirants aux postes ministériels circulent autour de Trump Tower, relayés par les médias. Il s’agit de John Bolton, Newt Gringrich, Stanley Mc Chrystal pour un poste allant du Secrétariat d’Etat au Chargé des Services Médicaux de l’Etat, sans oublier le nom de la présentatrice Laura Ingraham, préssentie pour le poste  de Secrétaire de la Presse de la Maison Blanche, ainsi que Steve Mnuchin, au poste de Secrétaire à la Trésorerie . Mas le fidèle des fidèles,  Rudy Guliani, cet ancien Maire de New York, se balance entre sa nomination en tant que Secrétaire d’Etat et le poste de Ministre de la Justice (Attorney General), poste qui pourrait faire le bonheur de l’actuel Gouverneur de New Jersey,  Chris Christie, un ancien challenger de Donald Trump, devenu son meilleur conseiller. Un autre tenor, Jeff Sessions, est pressenti au Secrétariat de la Défense, quand le Dr. Ben Carson, autre challenger de Trump à la  primaire, qui s’est retrouvé conseiller du milliardaire, se verrait attribuer le poste de Secrétaire d’Etat à la Santé, ainsi qu’un autre challenger qui avait été vite évincé tout au début de la course aux primaires, Mike Huckabee, serait lui en charge des Services Globaux de santé. Les journaux rapportaient, il y a deux jours, que le Dr. Ben Carson aurait décliné l’offre, prétextant son impréparation aux affaires gouvernementales.

Le déséquilibre dans l’attribution des postes occasionné par l’intrusion des membres de famille du président élu ne fait pas recette dans la famille des Républicains conservateurs, qui reprochent au président Trump lui-même  de ne pas être un vrai conservateur.

Un feuilleton de la journaliste de « People », Natasha Stoynoff, qui a rendu publique mercredi dernier, ses démélés avec le milliardaire, alors qu’elle interviewait le couple Trump-Melania, pour leur premier anniversaire, a mis de l’huile sur le feu. Interrogée sur le pourquoi de cette sortie maintenant, la journaliste répond qu’elle n’a pas voulu entâcher les élections de scandales, et qu’elle avait aussi peur pour sa sécurité, vu le pouvoir de son adversaire. Elle compte pourtant se faire entendre du public américain.

Qu’arriverait-il si les accusations de la journaliste s’avéraient être réelles? La politique a sa façon de faire que la raison n’a pas: soit ces accusations seraient sacrifiées sur la table de l’Unite nationale, ou alors pourraient provoquer des poursuites assez sérieuses, surtout que de telles accusations avaient entâché la campagne, sans oublier la question des certificats d’impôts que le candidat n’a jamais produits.

Nous continuons de suivre beaucoup de développements au cours des 100 premiers jours qui suivent les élections. Ainsi au cours de l’interview avec CBS, Donald Trump s’est montré prêt à diluer 5 des grands piliers de sa politique de campagne.

1- Alors qu’il criait tout haut qu’il mettrait la « Crapule » Hilary en prison, aujourd’hui il est prêt à considérer la famille Clinton avec des égards;

2-Alors qu’il assurait qu’il allait construire un mur  à la frontière du Mexique, qui serait remboursé par le gouvernement méxicain, aujourd’hui il parle d’une frontière faite de mur, mais alternant avec des clôtures grillagées;

3-Alors qu’il parlait de déporter 11 millions de migrants sans documents, aujourd’hui il parle de 2 a 3 millions de criminels et de chefs de gangs de drogue;

4-Là où il annonçait l’abrogation du marriage de même sexe, il le reconsidère;

5-Là où il assurait qu’il allait abroger l’Obamacare dès le premier jour à la Maison Blanche, aujourd’hui il parle d’en garder quelques éléments, notamment l’assurance des malades souffrant de maladies chroniques, ainsi que l’assurance des enfants vivant avec leurs parents jusqu’à l’âge de 26 ans.

Connaissant le caractère changeant de Donald Trump, nul  n’a le droit de croire qu’il mettra en pratique tout ce qu’il a promis durant sa campagne, au contraire.

C’est pourquoi il est temps de considérer ce que le Professeur Allan Lichtman, de l’American University de Washingtn DC, a déjà prédit à l’endroit de la présidence de Donald. J Trump. Pour rappel, Professeur  Allan Lichtman avait prédit adéquatement et sans faille les vainqueurs des élections présidentielles américaines depuis 1984. Il explique cette performance par un sens qu’il a de lire scientifiquement les forces et les faiblesses des partis en fin de mandat.

Pour la présidence de Donald J Trump, le Professeur trouve qu’il sera démis de ses fonctions avant la fin de son premier mandat, pour deux raisons: par rapport à son ego qui le conduira inévitablement à commettre un suicide politique en dérogeant à la loi; d’autre part, les Républicains qui ne le considèrent pas comme un des leurs finiront par le laisser tomber. Il rappelle que la destitution est prévue dans la constitution américaine de 1787. En effet, celle-ci précise dans l’article II de la Section 4  » le Président et le Vice-Président et tous les fonctionnaires civils des Etats-Unis seront destitués de leurs fonctions à la suite d’un impechement ou d’une condemnation pour trahison, corruption, ou tout autre crime et délit ». Il faut 2/3 de sénateurs pour voter en faveur de la destitution.

Alors peut-on d’ores et déjà s’attendre à l’ impechement ou mieux voir Donald J. Trump s’adapter à la fonction présidentielle? Attendons voir et nous vous tiendrons au courant de l’évolution de la situation.

Emmanuel Senga

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