« Rwanda –Day » : Une arme à double tranchant…

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Par Faustin Kabanza

A travers ce dispositif appelé « Rwanda-Days » le Gouvernement rwandais cherche, ces dernières années, à rencontrer ce qu’il appelle « la diaspora rwandaise » vivant surtout en Occident. Selon beaucoup d’observateurs, ce dispositif commence à susciter beaucoup d’interrogations d’autant plus chaque rencontre est émaillée de débordements et d’échauffourées.

Selon le sens de la dénomination « diaspora rwandaise », on peut, a priori, penser que tous les rwandais résidant à l’étranger, dans un tel pays ou une telle région, sont les bienvenus à de telles rencontres pour poser des questions, échanger avec les autorités rwandaises (notamment avec le président Kagame présent à toutes les séances). Or, certains Rwandais semblent hélas exclus de ce dispositif, comme on peut le lire dans les médias et les réseaux sociaux.

La liste des exclus est composée en l’occurrence, de politiciens de l’opposition et les rwandais de la société civile qui ont, de près ou de loin, un regard critique sur certains disfonctionnements de la politique rwandaise.

Selon des témoignages repris sur les réseaux sociaux ou dans les médias, les rwandais pro-gouvernement sont généreusement invités à « Rwanda-Day ». Leur transport et leur prise en charge sur place semblent être assurés par le gouvernement rwandais.

De là, on se pose la question de savoir à quoi sert réellement « Rwanda-Day » s’il n’est composé que des rwandais de l’étranger inscrits sur la ligne politique du gouvernement, sans la moindre discordance. Dans un tel contexte, il ne s’agit pas, à vrai dire, de rencontrer toute la diaspora rwandaise mais plutôt une partie de la diaspora dont la plupart sont certainement des membres du parti au pouvoir et des sympathisants.

« Rwanda-Days » a besoin d’être défini…
Pour éviter le flou qui règne autour de ce dispositif, les rwandais et les étrangers ont besoin de savoir exactement ses missions et sa finalité. L’absence du cadre précis de ce dispositif conduit à des rumeurs et aux préjugés.

Certains rwandais pensent, par exemple, que ces rencontres n’ont qu’un seul but d’occulter des erreurs et des bavures du gouvernement rwandais, qui montre à l’Occident une image qui ne corrobore pas avec la réalité. Dans ce cas, «Rwanda-Day » ne peut qu’être considéré comme un moyen de distraction et de manipulation de l’opinion nationale et internationale.

La définition de « Rwanda-Day» permettra à cet effet de lever toutes ces ambigüités mais le plus important sera encore et surtout de le concrétiser par des gestes factuels, impliquant tous les rwandais dans l’organisation et le déroulement de cette manifestation.

« Rwanda-Day » : un terrain d’affrontements

Le gouvernement rwandais trouve-t-il réellement son compte à organiser ce genre de manifestations ? Quel bilan le Rwanda peut-il tirer de ce dispositif qui se déroule chaque fois dans un climat de tensions ?

En France, en Angleterre ou encore tout récemment au Pays Bas (pour ne citer que ces trois pays européens), « Rwanda-Day » a été une opportunité saisie in extremis par les rwandais et les congolais sceptiques au régime de Kigali pour manifester leur indignation. Présents aux alentours du lieu prévu pour « Rwanda-Day », ces manifestants quasi spontanés se retrouvent dans un face à face avec les pro-Kigali, obligeant la police locale à intervenir pour séparer les deux camps.

Pendant et après chaque « Rwanda-Day », les médias ne diffusent que le déroulement des échauffourées entre les manifestants et cela occupe une place importante sur la scène médiatique.
Pour le coup, au lieu de montrer une bonne image du Rwanda, le « Rwanda-Day » semble plutôt afficher une image négative du Rwanda. On peut s’inquiéter que ce dispositif pourra tôt ou tard, s’il garde la même configuration actuelle, réveiller les vieux démons rwandais sur les terres occidentales.

Bref, « Rwanda-Day » bien défini, cadré et ouvert pourrait être un outil qui permettrait à la diaspora rwandaise sans distinction d’ouvrir un débat dépassionné sur le présent et l’avenir du Rwanda.

En revanche, tant qu’il est vu ou catalogué comme un sujet polémique, tant qu’il présente un aspect partisan et exclusif, il sera davantage exposé aux critiques les plus négatives et les plus virulentes. Enfin, des incidents qui accompagnent ce dispositif sont aussi loin à faire penser que « Rwanda-Days » offre réellement le meilleur de lui-même.

Faustin Kabanza

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