Au Rwanda on s’enferme dans les chambres pour écouter Kizito Mihigo

Kizito Mihigo, le jour du verdict, le 27/02/2015. Photo (c) Umuseke
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Le chanteur populaire rwandais Kizito Mihigo est en prison depuis Avril 2014, condamné en février 2015 à 10 ans de prison ferme pour soi-disant « conspiration contre le gouvernement ». Selon diverses sources, les fans de cet artiste ont été contraints à ne plus écouter publiquement ses chansons qui ne sont plus diffusées par les médias rwandais.

Pour bien situer les faits, on se souvient que tout juste après l’annonce officielle de l’arrestation du chanteur, le ministre de la Culture Monsieur Protais Mitali (aujourd’hui en exil) s’est précipité pour annoncer que « Kizito Mihigo devait être traité comme « tous les criminels ». Ces propos ont été tenus dans son discours lors des cérémonies de commémoration du génocide alors que Kizito n’avait pas encore été présenté au juge.

Par la suite, l’agence nationale d’information RBA (Rwanda Broadcasting Agency) dans un communiqué spécial, a demandé à tous les médias rwandais à ne plus diffuser les œuvres du chanteur. Dans la foulée, on a interdit toute communication en lien avec les activités de sa fondation pour la paix.

En revanche, les Rwandais qui sont dans le pays, n’ont pas été pour autant découragés. Malgré l’interdiction, ils continuent à écouter les belles mélodies de Kizito Mihigo en cachette. Selon divers témoignages, certains Rwandais s’enferment dans les maisons, souvent à plusieurs, et savourent sa musique tout en restant très vigilants.

Pour rappel, Kizito Mihigo est rescapé du génocide des Tutsis de 1994. Il est très populaire surtout au sein de l’Église catholique du Rwanda pour ses centaines de chants liturgiques. L’artiste a longtemps été considéré, peut-être à juste titre, comme l’enfant chéri du régime en place. Il a eu des opportunités d’interpréter l’hymne national du Rwanda lors des cérémonies officielles, en présence du président Paul Kagame.

Tout a basculé en 2014, après la sortie de la chanson « Igisobanuro cy’Urupfu » (Explication de la mort) qui lui a valu la disgrâce et la prison. Cette chanson fait allusion à d’autres rwandais (hutus) morts, sous-entendu tués par le FPR (Front Patriotique Rwandais).

Si la chanson a été composée dans une démarche de réconciliation et par ailleurs qualifiée de « requiem réconciliateur » par l’auteur, cela n’a pas bien entendu plu au gouvernement rwandais. La suite, qui pourra mieux la raconter que Kizito lui-même derrière les barreaux ?!

Faustin Kabanza

Voici la chanson qui lui aurait valu la disgrâce et la prison, « Igisobanuro cy’urupfu »

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