Alternances démocratiques, talon d’Achille des grandes puissances ?

Caricature d'illustration tirée de "espriafricain.mondoblog"
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27/01/2017, par MNE Nkundabayo

L’évolution actuelle dans le rapport de force entre grandes puissances mondiales pose une question qu’il est difficile d’éluder : L’alternance démocratique est-elle compatible avec le statut de « Superpuissance » ? Les changements de cap qui interviennent aujourd’hui à presque chaque passation de pouvoir chez les grandes puissances, sont-ils propices à la consolidation de ce statut ou sont-ils une menace pour celui-ci ?

Quand on y regarde de près on remarque que, pour le moment, les « puissances » qui ont le vent en poupe n’ont pas connu d’alternance politique ces deux dernières décennies. La chine a un parti unique depuis un certain temps et cette continuité a joué un rôle dans la transformation de celle-ci en grande puissance. La Russie, dans une moindre mesure, a profité de la longévité de la direction actuelle du pays pour sortir du chaos des années quatre-vingt-dix et retrouver son rang au niveau international.

La configuration actuelle du conflit en Syrie va dans le même sens ; les pays qui, au final et de commun accord, semblent dicter leur loi, sont dirigés depuis plus d’une décennie par les mêmes responsables ou les mêmes régimes : C’est le cas pour la Syrie, l’Iran, la Turquie et la Russie. Les alternances annoncées ou déjà effectives en Occident ainsi que l’incertitude sur l’issue des prochaines échéances électorales et les incertitudes liées au Brexit, ont marginalisé le camp occidental dans ce dossier.

Ce constat amène certains à franchir le Rubicon en remettant en question la légitimité des alternances démocratiques tout en se montrant envieux de certaines dictatures. Avant de leur jeter la pierre, il est important d’essayer de comprendre comment ces nations en sont arrivées là.

 Des nations en proie au doute

La raison de ces alternances incertaines est à chercher dans le déficit de confiance des « peuples » en leurs dirigeants politiques. Cela est souvent lié à la sensation d’avoir été oublié ou sacrifié par leurs responsables politiques qui, suite à la brièveté de leur mandat, au poids des intérêts financiers et au transfert de leurs compétences à des institutions supranationales, ne peuvent plus se montrer audacieux ou planifier à long terme. Ajoutée à cela la concurrence des pays émergents qui profitent de la libre circulation des biens et des personnes, il était, dès lors, impossible de maintenir l’état providence ou de garantir le plein emploi tout en restant compétitif.

Par ailleurs, ces dirigeants se trouvent souvent devant un choix cornélien que ne connaissent pas leurs homologues des pays non démocratiques : Satisfaire le citoyen au risque d’être déclassé économiquement ou se plier à la logique de l’austérité au risque de créer une majorité de mécontents. Ils finissent par faire des promesses intenables pendant leurs campagnes électorales et par garder le statu quo durant leur mandat, tout en préparant leurs points de chute ou leur retraite anticipée. Une préparation qui, forcément, va de pair avec des compromissions inévitables. La liberté d’expression n’étant pas trop menacée dans ces pays et les nouvelles technologies rendant la circulation de l’information incontrôlable, les scandales sont, de ce fait, plus fréquents. Les anonymes ne se gênent pas pour dénoncer la duplicité des responsables politiques, accélérant encore plus le divorce entre les dirigeants et les citoyens et occasionnant des alternances en faveur des extrêmes qui attendaient en embuscade.

Des alliés et des protégés frustrés

Tant qu’il y avait consensus entre les différents bords de l’échiquier politique en Occident sur l’essentiel et que les divergences ne concernaient que des points moins susceptibles d’entrainer des grands chamboulements stratégiques, ces alternances étaient vues d’un bon œil par les partenaires qui pouvaient espérer des améliorations avec des nouveaux interlocuteurs. Aujourd’hui, avec les alternances qui se profilent, c’est un saut dans l’inconnu qui s’annonce ; les politiques que proposent les favoris sont, dans la plupart des cas, aux antipodes de celles qui étaient menées jusqu’alors. Cela va de la politique économique jusqu’à la remise en question de certaines avancées sur le plan sociétal en passant par une autre vision des relations entre états et une délégitimation des institutions supranationales.

Ces incertitudes profitent aux Grandes puissances non démocratiques qui peuvent jouer la carte de la fiabilité pérenne en offrant un minimum de prévisibilité indispensable en relations de confiance et un cap à long terme. C’est ce qui explique les frictions actuelles entre ces grandes puissances démocratiques et leurs protégés qui n’ont plus d’assurance sur la nature de leurs relations à l’avenir, poussant parfois ces derniers à aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte.

Apprendre de l’histoire

Si à l’heure actuelle certains semblent commencer à douter de la démocratie, un regard dans le rétroviseur permet de constater que les totalitarismes et autres dictatures n’ont jamais amené rien d’autre que des malheurs funestes qui n’ont pas épargnés ceux qui les applaudissaient. Le siècle dernier est assez instructif sur ce sujet.

Ainsi, pour que ces alternances politiques ne sonnent pas le glas de la démocratie, il est urgent que les responsables politiques, dans ces pays, tiennent en compte le sort et l’avis de leurs « oubliés ». Autrement le risque n’est pas seulement d’être déclassés économiquement ou de sombrer dans des dictatures extrémistes, mais surtout de voir certaines nations imploser.

 

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